Big data et Big Brother sont dans mon bateau

Liberté et informatique

Guillaume a rejoint récemment une jeune entreprise d’informatique. Comme ingénieur, il analyse pour le journal de sa paroisse quelques relations entre la liberté et ce très vaste nouveau monde.

Pour parler de la liberté face à l’informatique, que faut-il mettre dans celle-ci ?
L’Internet d’abord, car la Toile est un filet dans lequel nous sommes tous pris, avec des mailles qui diminuent. L’exploitation massive des données ensuite, le big data mining. L’intelligence artificielle enfin car elle se mesure à la nôtre. Ces trois aspects du monde dématérialisé qui nous entoure sont bien sûr intimement liés.
En quoi notre liberté est-elle menacée par ce monde dit virtuel ?
Il faut avoir conscience que c’est nous qui nourrissons sa croissance : nous lui fournissons l’information qu’il exploite afin de nous la ressortir quand nous la cherchons. Pour tout savoir sur tout, il faut que je dise tout sur moi-même. Et ce que je ne dis pas consciemment, le système le prend à mon insu. L’appât qu’il utilise est souvent la gratuité mais je paie en données personnelles.
Avant que cet article soit publié, le « système » saura que Guillaume à une relation bienveillante avec un journal catholique car vous aurez demandé à un site la durée du trajet de chez vous à chez moi. Ce que le Système en fera ? Rien sans doute… pour le moment.
Car il y a un Système ? C’est le Big brother d’Orwell ?
Pas seulement, c’est aussi une Big mother, une grande nounou qui nous rassure et nous materne. Ils surveillent le sommeil de Bébé au berceau, détectent la chute de Papi dans sa maison de retraite, connaissent par votre téléphone votre rythme cardiaque et votre poids. Une émotion, un excès de table : c’est noté. C’est surtout, une grande machine à gagner de l’argent en optimisant le message publicitaire : votre temps est précieux mais nous savons comment l’économiser en vous proposant ce dont vous avez besoin. Car nous vous connaissons bien. Or le consommateur est aussi un électeur : qui peut croire que publicité et politique sont deux mondes séparés ?
Est-ce à cela que sert l’intelligence artificielle ?
Oui, à comprendre en profondeur ce que nous sommes, ce que nous voudrions. Mais aussi à faire tout mieux que nous : se souvenir bien sûr, conduire une voiture, identifier les maladies, prévoir l’heure du crime…
A penser mieux ?
Plus et plus vite en tout cas. Confier une part de ses tâches à l’informatique (la calculette était un début) pourrait bien modifier le fonctionnement de notre cerveau et à terme son organisation. Après nous avoir vaincu aux échecs, l’ordinateur a gagné au jeu de Go. S’attaquera t-il à la philosophie ? Aurait t-il pour autant une conscience qui se puisse comparer à celle de l’homme, quand celui-ci s’en montre digne bien sûr ?
Quelle est la place des objets connectés dans ce paysage ?
Ils réduisent la maille spatiale et temporelle du filet, la collecte d’information devient plus précise, plus fréquente, pour notre confort, notre sécurité, notre bien. Qui va s’en plaindre…
Y a t-il une raison d’être rassuré ?
La science du XIXe siècle croyait pouvoir tout calculer et prévoir : elle a découvert le chaos déterministe qui rend la météo imprévisible à moyen terme, par exemple. Ayant surmonté cet obstacle en modélisant l’incertitude, la science est repartie de plus belle, jusqu’au prochain grain de sable. Il y a déjà des effets inattendus : les Facebook et Google opposés à Donald Trump auraient par leurs attaques favorisé son élection !
On peut penser que notre liberté est ce grain de sable ou que l’imprévisibilité du monde ménage des interstices à notre liberté. Reste que le mouvement général est inéluctable car il est passionnant et les remparts des autorités sont tardifs et contournés. Pas facile de vivre comme les Amish en communautés coupées du monde connecté.
Le Parlement européen veut doter les robots d’une personnalité propre : seront-ils libres ?
Si on leur reconnaît une responsabilité, sans doute. Mais c’est alors une conscience morale qu’ils auraient. Seront-ils des personnes ? Aurai-je alors de droit de casser un robot « pensant » comme une pile d’assiettes ?
Michel Ange a représenté au plafond de la chapelle Sixtine Dieu tendant le doigt vers l’homme ; le philosophe Alain a vu dans l’espace entre le doigt de Dieu et celui de l’homme la liberté que Dieu lui donne. On peut imaginer le doigt du robot à la place du nôtre. L’intelligence artificielle est-elle le nouveau fruit défendu que le Tentateur propose à l’homme ? A nous de dire oui ou non à chaque nouvelle avancée technique, librement et en sachant pourquoi.
Entretien réalisé par Patrick Macé

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