Le citoyen peut-il accepter des restrictions à sa liberté ?

En sécurité

Les libertés dont nous jouissons dans notre pays se sont développées peu à peu en même temps que la sécurité qui en est une des conditions. Or c’est au nom de cette sécurité que certaines libertés sont aujourd’hui remises en cause. Un ancien professeur livre à Lignes de Crêtes son analyse de cette récente évolution.

– Pourquoi ce problème de restriction des libertés ne se posait-il pas il y a quelques années ?
– Depuis la n de la seconde guerre mondiale, l’Europe occidentale a été épargnée par la guerre chez elle. Et pendant près de trente ans le plein-emploi a permis une certaine sécurité intérieure par l’absence de troubles majeurs. D’où le développement des libertés instituées par des lois : droits des femmes, des enfants, droits syndi- caux, etc. Sécurité et liberté relatives semblaient coexis- ter.

– Est-ce uniquement à cause du terrorisme que des libertés sont remises en cause ?
– Pas uniquement. Les risques d’actes de terrorisme, qui dépassent le cadre national d’ailleurs, accentuent l’insécurité, c’est certain. Mais la sécurité est de plus en plus remise en cause par la montée du chômage qui entraîne la précarité, donc le mal-être de jeunes et de moins jeunes sans travail.

– Il y a dans certains quartiers une haine des forces de l’ordre: sont-elles inadaptées aux problèmes rencontrés ?
– Le rôle des forces de sécurité est rendu de plus en plus dif cile car elles se trouvent en présence de personnes plus ou moins inoccupées, qui vivent de ressources illi- cites, comme la vente de drogue. La délinquance se dé- veloppe et la Police la dérange par ses contrôles d’iden-

tité. Lorsque d’honnêtes citoyens d’origine étrangère sont contrôlés, ils peuvent penser qu’ils sont victimes d’un « délit de faciès ». Le rôle des forces de l’ordre n’est pas facile.

– Comment trouver un juste équilibre entre liberté, sécurité et justice, car celle-ci doit être rendue avec équité ?
– En plus de la grande criminalité, qui a toujours existé, l’explosion de la délinquance est telle qu’elle va jusqu’à détruire les services publics qui sont au service des plus défavorisés et brûler les voitures des habitants de leurs propres quartiers qui souvent partagent leur misère.

Il y a toujours eu des inconditionnels de la liberté indi- viduelle qui répugnent à toute forme d’intervention sé- curitaire: fouille, véri cation d’identité… Mais quand, par exemple, la liberté d’assister au feu d’arti ce sur la Promenade des Anglais à Nice en juillet dernier a pour conséquence la mort de 85 personnes, malgré des me- sures de surveillance importantes, de plus en plus de gens acceptent de perdre une partie de leur liberté, au moins provisoirement, dans l’intérêt général.

Reste que la sécurité doit être obtenue dans le respect de chacun, car la justice ne peut imposer le respect que par le respect.

Propos recueillis par Frédéric Colomar

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