Quelle éthique pour les jeux ?

L’État et les jeux

Comme dans tous les pays du monde, les jeux de hasard font fortune en France !
Le casino, le PMU, la Française des jeux, sans compter les différents paris « en ligne » rapportent des sommes considérables. En France, des milliards d’euros sont dépensés par les joueurs. Pour moraliser ces jeux et éviter l’arnaque, l’État les surveille,
en les taxant. Mais, et c’est l’éternel problème, l’État est-il un moralisateur,
ou cherche-t-il à remplir ses caisses par un impôt ?

Les jeux d’argent ont toujours suscité des polémiques éthiques fortes, entre les groupes prônant la prohi-bition et ceux qui défendent les intérêts des États à

la recherche de taxes que les citoyens auraient plaisir à payer. Depuis longtemps, les religions ont condamné les jeux : pour Luther comme pour Calvin, le jeu disquali e la valeur du travail et promeut la paresse. Pour le Catéchisme de l’Église catholique : « Les jeux de hasard (jeu de cartes, etc.) ou les paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. Ils deviennent moralement inacceptables lorsqu’ils privent la personne de ce qui lui est nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux d’autrui. La passion du jeu risque de devenir un asservisse- ment grave. Parier injustement ou tricher dans les jeux constitue une matière grave, à moins que le dommage infligé soit si léger que celui qui le subit ne puisse raisonnablement le considérer comme significatif ». Progressivement, l’État va prendre à son compte ce rôle moralisateur. Son intervention dans le secteur des jeux d’argent et de hasard est celle de l’ordre social que le jeu d’argent perturberait. L’État veut être protecteur. Mais la logique fiscale introduit une contradiction de plus en plus forte. Il lui faut à la fois modérer et contrôler les jeux tout en les dynamisant pour ses recettes fiscales. D’autre part aujourd’hui toute une industrie se développe autour des jeux, et dans le cadre de la mondialisation de l’économie, la concurrence est féroce entre les multinationales, au niveau de la recherche, de la création de nouveaux jeux, notamment des jeux informa- tiques. Aujourd’hui, de nombreux États confient la gestion des jeux à des organismes privés, tout en prélevant des impôts. La France a autorisé en mai 2010 les jeux en ligne. Mais elle a renoncé à privatiser la Française des jeux en 2014. La volonté du législateur a été d’encadrer l’offre et la pratique des jeux et, tout particulièrement, d’en contrôler l’exploitation. Les taxes de l’État sur l’industrie des jeux d’argent et de hasard contribuent notablement au financement des dépenses publiques. En 2011, selon une enquête de l’AFP, les Français ont misé 31,6 milliards d’euros – 26,3 milliards en 2010 – au Loto ou Euromillions, dans les casinos, sur les chevaux, ou pour les paris sportifs et le poker en ligne. Le montant total des taxes, toutes activités de jeu confondues, a augmenté de 118,9 % entre 1995 et 2012, passant de 2 634 à 5 767 millions d’euros.

Enfin, l’industrie du jeu n’a cessé de se développer sur cette période, comme en témoigne la hausse continue du chiffre d’affaires sur l’intervalle (à l’exception des casinotiers qui enregistrent une baisse sur ces cinq dernières années). L’État encourage donc les producteurs de jeux français, comme toute autre industrie, face à la concurrence mondiale.

Frédéric Colomar

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