Faites entrer les lions…

Des jeux du Cirque aux jeux télévisés

Au terme d’une journée de travail, quoi de plus banal et de plus innocent que de s’installer devant sa télé ?
Et rien de plus délassant, avant ou après les infos, pas toujours agréables à voir, que ces bons vieux jeux télévisés.

 

C’est fou ce qu’on peut jouer à la télévision. Quelle que soit la chaîne à laquelle on s’enchaîne, entre feuilletons et informations, la plus grande place est laissée au jeu. Les protagonistes sont en général motivés par la perspective d’un quelconque bénéfice matériel. Mais le téléspectateur, confortablement vautré sur son canapé, lui, que cherche-t-il ? Quelquefois, on lui fait miroiter la possibilité d’empocher une partie de ce que les candidats se sont escrimés à mériter, mais il semble que là ne soit pas le principal intérêt. Hypothèse généreuse : s’il s’agit d’un concours dont les participants doivent rivaliser par leur culture ou leur don pour le chant, on peut supposer que la fameuse ménagère de moins de cinquante ans profite de l’occasion pour s’instruire ou assouvir sa soif de musique. Mais à constater le type d’épreuves auxquelles se soumettent le plus généralement les candidats, on peut aussi en douter… À vrai dire le téléspectateur n’a que faire des réponses ni des performances. Il veut s’amuser, et les animateurs sont là pour cela, bien souvent aux dépens des candidats. Si le ridicule pouvait tuer, on aurait du mal à dé- nombrer les victimes qui se sacrifient volontairement sur son autel. On vient livrer en pâture son ignorance, ses bourdes, sa vie privée… Et devant leur petit écran, les consommateurs d’âneries télévisuelles se délectent.

Aux heures de grande écoute, le téléspectateur est friand de ces mises à mal de la dignité. Mais on peut faire encore plus fort : il y a toujours des volontaires pour risquer, devant la caméra, leur santé ou même leur vie dans l’espoir de gagner, des sous ou leur photo dans un magazine, peu importe.

Le record absolu revient pourtant à ces jeux au cours desquels les candidats ne font rien. Premier avatar de la « téléréalité », consistant à enfermer une poignée d’individus dans un local certes décoratif mais clos. On peut voir sur son poste comment ils cohabitent, non sans guetter l’idylle ou, mieux encore, la dispute. Si cela se solde par une petite dépression, voire un suicide, tant pis, sinon tant mieux : on en sera quitte pour verser une petite larme pas forcément sincère. Il semble donc bien qu’il y ait, chez l’innocent téléspectateur, du voyeur ou même du sadique : part d’ombre à laquelle on l’aide à verser son tribut à moindre frais ? Depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’homme pourrait bien abriter en lui-même un ogre avide de chair fraîche. Il ne manque plus que les lions et le décor grandiose du Colisée. Apparemment, la fiction, si gore soit elle, ne sufit plus à lui fournir sa ration de dépeçage. Quant à la « bonne conscience », elle est sauve, car, après tout : ce ne sont, n’est-ce pas, que des jeux. Au risque de voir transformé en « jeu » n’importe quel événement de la vie quotidienne.

F. L. C

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