La Chronique de Vatican II (5)

LA CONSTITUTION « L’EGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS » (GAUDIUM ET SPES)

1. LE CONTEXTE

Ce titre latin (les joies et les espoirs) est un des plus connus des intitulés du Concile. Et pourtant, cette constitution n’était pas prévue au départ !

Motif : on n’imaginait pas l’intérêt immense qu’allait soulever dans le monde cet événement ni l’effet de la fréquentation mutuelle de tous les évêques du monde (3000 !) pendant des travaux qui allaient les réunir pendant quatre ans. Tout cela conduisit à décider d’un document qui prendrait position sur les rapports de l’Église et du monde dans le monde contemporain.

Mais le projet fut décidé bien tardivement ! Il allait se réaliser à marches forcées pendant la dernière année du Concile. Ses membres et leurs experts fournirent des sommes de travail très lourdes. Une contribution décisive fut apportée par ses deux rapporteurs, le premier tombé malade fut remplacé par Mgr Garonne, alors archevêque de Toulouse.

Gaudium et Spes fût voté dans les derniers jours de décembre par 2309 oui, 75 non et 7 nuls. Jamais concile antérieur n’avait entrepris pareille réflexion. Sa rédaction se confronta à des problèmes nouveaux. Citons : quels destinataires ? (parler au monde ou parler de l’Église au monde ?) quels contenus (une description sociale des problèmes de l’humanité seulement ou élargie à une réflexion philosophique sur ce qui étreint l’homme ? ) Le texte final ne tranche pas toujours.

Finalement, on se trouve en présence d’un texte majeur du Concile. C’est aussi le plus long (autant que les deux constitutions déjà présentées sur la Révélation et l’Église). Après une introduction, il comprend deux parties intitulées « Église et Vocation Humaine » et « De quelques problèmes plus urgents »

Cette chronique N°5 va présenter l’introduction et la première partie, la deuxième partie se trouvera dans la chronique N°6.

2. INTRODUCTION DE GAUDIUM ET SPES

Elle débute par une phrase d’ampleur magnifique, fréquemment citée, belle à rappeler : « Les joies et les espoirs, les tristesses et, les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur » (§1)

Est alors proposé  » au genre humain la collaboration sincère de l’Eglise pour l’instauration d’une fraternité universelle » (§3)

Pour mener à bien cette tâche, l’Église reconnaît avoir :  » le devoir à tout moment de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (§4). Sont cités, parmi ces signes, des changements importants dans l’ordre social, psychologique, moral, religieux (« refuser Dieu ou la religion n’est plus un fait exceptionnel ») ainsi que d’importants déséquilibres entre catégories sociales et entre pays.

Est affirmé en conclusion « l’Église croit que le Christ offre à l’homme lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa vocation ».

3. PREMIERE PARTIE : EGLISE ET VOCATION HUMAINE

On présente successivement ses quatre chapitres :

  • chap 1 : La dignité de la personne humaine
  • chap 2 : La communauté humaine
  • chap 3 : L’activité humaine dans l’univers
  • chap 4 : Le rôle de l’Église dans le monde de ce temps

3.1 CHAPITRE 1 : LA DIGNITE DE LA PERSONNE HUMAINE

Grandeur et misère de l’homme

La grandeur de l’homme s’origine dans sa création « à l’image de Dieu « . Au fond de sa conscience, il trouve une loi inscrite par Dieu « la conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa Voix se fait entendre » (§16) Alors que la dignité de l’homme exigerait qu’il agisse « selon un choix conscient et libre …c’est en lui même que l’homme est divisé, submergé de multiples maux » (§17). Car « établi en Dieu dans un état de justice…il a abusé de sa liberté. en désirant parvenir à sa fin contre Dieu » (§13)

Finalement, c’est « face à la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet .alors, le germe d’éternité qu’il porte en lui s’insurge contre la mort » (§18). Car, l’homme est appelé à adhérer à une vie divine inaltérable.

L’athéisme

En inscrivant un passage sur l’athéisme dans un chapitre consacré à la dignité de l’homme, le Concile voulait marquer qu’il acceptait de se laisser questionner par ce phénomène moderne. Les débats furent difficiles. Jean XXIII voulait que l’on se garde de positions qui auraient pu être interprétées dans un sens politique, notamment dans les pays de démocratie populaire.

Aussi, le Concile veilla-t-il à ne pas prendre position contre le communisme en tant que système politique; ne furent stigmatisés ni des doctrines ni des camps encore moins des porte-parole. Dans le souci de rester pleinement fraternels, les Pères du Concile se voulurent respectueux du frère incroyant et admirent d’avance sa loyauté et sa générosité.

Allant plus loin, ils soulignent la responsabilité des chrétiens dans la genèse de l’athéisme. Au lieu de jeter aux autres des anathèmes, l’Eglise répond par sa propre révision de vie.Tout ceci est rassemblé au § 21, texte majeur sur l’attitude de l’Eglise dans un monde moderne où les chrétiens rencontrent les incroyants. Ils sont invités à :

  • « saisir dans l’esprit des athées les causes cachées de la négation de Dieu »
  • « ne pas déserter l’importance des tâches terrestres »
  • « témoigner d’une foi vivante et adulte pénétrant toute leur vie, y compris leur vie profane, et les entraînant à la justice et à l’amour surtout envers les déshérités »

Ce chapitre fondamental de Gaudium et Spes s’est ouvert sur l’homme à l’image de Dieu, il va s’achever dans une perspective christologique. « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, agi avec une volonté d’homme, aimé avec un coeur d’homme » (§22, alinéa 2)

S’en suivent deux conclusions majeures pour éclairer, hier comme aujourd’hui, nos relations avec les personnes appartenant à d’autres traditions religieuses ou se déclarant agnostiques :  » le chrétien, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance va au-devant de la résurrection, cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient en Christ mais bien pour tous les hommes de bonne volonté dans le coeur desquels, invisiblement agît la grâce » (§22, al 5) « En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal » (§22, al 5)

3.2 CHAPITRE 2 : LA COMMUNAUTE HUMAINE

Si la personne « doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions….de par sa nature, elle a absolument besoin, d’une vie sociale. Car Dieu a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères » (§24) D’où la recherche d’un bien commun qui de nos jours s’universalise de plus en plus.

Le texte précise : « travailler au renouveau des mentalités, participer aux transformations sociales  » « dépasser et éliminer toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne. Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement son époux, d’élire son état de vie ou d’accéder à une éducation et une culture semblables à celles que l’on reconnaît à l’homme » (§ 29)

Le Concile a voulu en tirer la conséquence importante suivante : « Personne, par inattention à l’évolution des choses, ne doit se contenter d’une éthique individualiste. Lorsque chacun se préoccupe aussi et effectivement de l’essor des institutions publiques, ou privées. C’est alors, et de plus en plus, qu’il a accompli son devoir de justice et de charité » (§30)

Et les rédacteurs d’insister : « il y a des gens qui, tout en professant des idées larges et généreuses, continuent à vivre en pratique comme s’ils n’avaient cure des solidarités sociales….qui font peu de cas des lois et des prescriptions sociales… qui se soustraient aux justes impôtss qui négligent certaines règles de vie en société comme celles qui ont trait à la sauvegarde de leur santé ou à la conduite des véhicules »

« Certes, l’homme parvient très difficilement à un tel sens des responsabilités si ses conditions de vie ne le lui permettent pas …la liberté humaine s’étiole dans un état d’extrême indigence, se dégrade dans une vie de trop grande facilité » (§31)

La conclusion de ce chapitre est nette : « Il faut stimuler chez tous la volonté de prendre part aux entreprises communes». Pour cela  » les citoyens seront d’autant plus poussés à participer qu’ils trouveront dans les différents groupes du corps social des valeurs qui les attirent« .

Le Concile s’autorise alors un regard prospectif saisissant et stimulant pour l’engagement de tous les hommes de bonne volonté : « On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer » (§32)

3.2 CHAPITRE 3: L’ACTIVITE HUMAINE DANS L ‘UNIVERS

« Pour les croyants, une chose est certaine : considérée en elle- même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie correspond au désir de Dieu » (§34)

« l’homme a reçu la mission de soumettre la terre, de gouverner le cosmos en sainteté et justice  » « par son action, il apprend bien des choses, il développe ses facultés, il sort de lui-même et se dépasse….il vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a » (§35)

« Voici donc la règle de l’activité humaine : qu’elle soit conforme au bien authentique de l’humanité, selon le dessin et la volonté de Dieu, et qu’elle permette à l’homme, considéré comme individu ou membre de la société, de s’épanouir selon la plénitude de sa vocation  » (§35)

« Il y a une juste autonomie des réalités terrestres…celui qui s’efforce de pénétrer le secret des choses, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont » (§36, al 2)

Mais « lorsque la hiérarchie des valeurs est troublée, les individus et groupes ne regardent que leurs intérêts propres et le monde n’est pas encore le lieu d’une réelle fraternité » (§37,1)

« Le Christ désormais agit dans le coeur des hommes par la puissance de Son Esprit….certains sont appelés à témoigner ouvertement de la demeure céleste, les autres à se vouer au service terrestre des hommes …de tous, il fait des hommes libres, s’lançant vers ces temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu » (§38, al 1)

« L’attente de la Terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre doit plutôt le réveiller  » (§38, al 2)  » Car ces valeurs de communion fraternelle, de dignité et de liberté …que nous aurons propagées sur terre, nous les retrouverons plus tard, purifiées, illuminées, transfigurées…mystérieusement, le Royaume est déjà présent sur cette terre…il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra« (39, all 3)

3.1 CHAPITRE 4: LE ROLE DE L’EGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS

Les 3 précédents chapitres partent de l’homme, celui-ci part de l’Eglise et de sa mission d’éclairer et servir cet homme : L’Eglise le reconnaît, elle n’est pas une entité extérieure au monde, elle est insérée dans la trame de histoire. . « n’étant liée à aucune forme particulière de culture, à aucun système politique, économique ou social, elle peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines » (§42, al 4) « tout ce qu’il y a de vrai, de bon, de juste, dans les institutions que s’est données le genre humain, l’Eglise le considère avec un grand respect« (§42, al 5)

« L’Eglise exhorte les chrétiens à remplir leurs tâches terrestres en se laissant guider par l’esprit de l’Evangile » Mais « ils s’éloignent de la vérité ceux qui négligent ces tâches ou à l’inverse se livrent entièrement à des tâches terrestres. Ce divorce entre foi et comportement quotidien est une des plus graves erreurs de notre temps. Ce scandale, prophètes puis Jésus l’ont dénoncé » (§43, al 1)

« aux laïcs reviennent en propre les activités séculières. C’est à leur conscience, préalablement formée, qu’il revient d’inscrire la loi divine dans la cité terrestre. Il n’est pas de la mission ni de la compétence des pasteurs de leur fournir des solutions concrètes. Prêtant attention à l’enseignement de l’Eglise, que les laïcs prennent leurs responsabilités » « quant aux solutions terrestres, elles peuvent être diverses et personne n’a le droit de revendiquer d’une manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise » (§43, al 3)

Ce chapitre se clôt par la déclaration de foi des pères conciliaires : « Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation » Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l’histoire humaine.

OUI, c’est le Seigneur qui le dit : JE SUIS L’ALPHA ET L’OMEGA, LE PREMIER ET LE DERNIER (Apocalypse 22,12-13)

N.B : Comme lors des précédentes chroniques, celle-ci s’est largement nourrie de la présentation du document faite, dès la fin du Concile, par un ou plusieurs de ses membres (Editions du Centurion, Dossiers conciliaires, 1966). Il s’agit ici  des évêques suivants : Mgrs Vilnet, Piérard, Matagrin, Maziers, Ancel et Ehlinger.

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La chronique de Vatican II (4)

La constitution sur la Révélation de Dieu   » Dei  Verbum « 

Les éléments de cette chronique sont très largement nourris de la présentation faite par Mgr Weber, archevêque de Strasbourg et membre du Concile. Pour ne pas alourdir la lecture, ils n’ont pas été cités chaque fois.

A – Pourquoi ce texte

Vatican II se devait de produire un texte (une « constitution ») présentant la doctrine de l’Eglise concernant la Révélation faite par Dieu au monde de son amour et de son projet. Cette constitution est dénommée La parole de Dieu (en latin Dei Verbum, les deux premiers mots du texte).

Elle apparaît comme la préface à tous les autres documents du Concile. Car quelle autorité aurait eu ses travaux s’il ne s’était pas d’abord appuyé sur la Parole de Dieu ?

B – Histoire du texte

Dei Verbum est le fruit d’une lente maturation et d’une longue élaboration; cinq textes se succédèrent du début du Concile (nov 1962) à sa fin (nov 1965)…

Le premier texte était proposé par les services du Vatican. Il conduisit d’emblée à un rejet massif sous l’impulsion de quelques uns des cardinaux les plus en vue, les cardinaux Liénart (France), Frings (Allemagne), Léger (Canada), Suenens (Belgique) ; 1368 voix refusèrent de discuter le document, 822 acceptaient.

Le premier motif du rejet se trouvait dans le titre donné « des sources de la Révélation ». Il impliquait ainsi une dualité entre les deux sources que sont l’Ecriture (Ancien et Nouveau Testament, en particulier les quatre Evangiles) et la Tradition (la façon dont les apôtres puis les évêques et autres personnes apostoliques transmettent et commentent le message du Christ sous l’inspiration de l’Esprit). Le concile dira qu’au lieu de parler de deux sources, il n’y a qu’une source qui se révèle par deux voies : l’Ecriture et la Tradition, Dieu présent dans l’histoire, présent dans le verbe incarné. Jean XXIII mit fin à cette douloureuse situation en retirant le schéma de la discussion. Il en confia la révision à une commission qui incluait, pour la première fois, des membres du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, bien plus ouverts que la commission théologique, rédactrice du schéma.

Le second motif se trouvait dans certaines formulations qui auraient conduit « à l’arrêt de l’exégèse et de la théologie actuelle » (Mgr Weber).

Finalement, les élaborations suivantes ne rencontrèrent pas d’oppositions notables et après prise en compte des observations des participants, le texte final fut voté puis promulgué par Paul VI le 18 nov 1965 par 2344 voix contre 6. Il avait fallu trois ans.

Au total, ce texte est jugé comme un des plus beaux textes du Concile. Dans un espace restreint (6 chapitres), il renferme un ensemble d’idées impressionnant tel

que « le lecteur ne pourra pas se contenter de lire mais devra le méditer » (Mgr Weber) afin que, comme dit dans le préambule, « en entendant l’annonce du salut, le monde entier y croie, qu’en croyant, il espère, qu’en espérant, il aime. »

 C – Chapitre Ier La nature de la Révélation

On en donne les extraits suivants :

« Il a plu à Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes par le Christ accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la grâce divine. » (§ 2)

« Dans cette révélation, le Dieu invisible s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis. » (§ 2)

« Il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. » (§ 2)

« Après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous a parlé par son Fils, Jésus-Christ, homme envoyé aux hommes, qui prononce les paroles de Dieu. » (§ 4)

« A Dieu est due l’obéissance de la foi (Romains.16, 26) par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu. » (§ 5)

« L’économie chrétienne étant l’alliance nouvelle et définitive ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. » (§ 4)

D – Chapitre 2 La transmission de la Révélation

« Dieu a pris des dispositions pour que sa Révélation demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fut transmise à toutes les générations. C’est pourquoi le Christ a ordonné à ses apôtres de prêcher l’Evangile comme source de toute vérité salutaire et de toute règle morale. » (§ 7) vv

« Pour que l’Evangile fut toujours gardé intact et vivant dans l’Eglise, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques auxquels ils remirent leur propre fonction d’enseignement. » (St Irénée)

« C’est pourquoi la prédication apostolique devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps. » Elle se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit Saint. (§ 8)

« La Tradition et l’Ecriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles car toutes deux jaillissent d’une source divine et ne forment pour ainsi dire qu’un tout. » (§ 9)

« La tradition et l’Ecriture constituent un unique dépôt sacré confié à l’Eglise. »    (§ 10)

E – Chapitre 3. L’inspiration de la Sainte Ecriture et son interprétation

« La vérité divinement révélée des livres de la Sainte Ecriture y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint.

En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens pour que, lui même, agissant en eux, et par eux ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir et cela seulement. » (§ 11)

« Pour découvrir l’intention des auteurs, on doit considérer les « genres littéraires » car c’est de façon différente que la vérité se propose en des textes diversement historiques, prophétiques ou poétiques.

Enfin, notons le commentaire de Mgr Weber : « A chacun des auteurs a été accordé un « charisme individuel » ». Ces auteurs choisis par Dieu dépendent de ceux qui les entourent comme de ceux qui les ont précédés. Le livre sacré n’est pas quelque chose tombé du ciel, il est le livre du « peuple de Dieu ».

F – Chapitre 4 L’Ancien Testament

« Dieu se choisit un peuple auquel confier les promesses. De ce fait, Israël fit l’expérience des « voies » de Dieu vers les hommes. (§ 14)

« L’Economie de l’Ancien Testament avait pour raison d’être majeure de préparer l’avènement du Christ. Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc sont les témoins d’une véritable pédagogie divine. (§ 15)

« Inspirateur et auteur des livres de l’un et de l’autre Testament, Dieu les a disposés de telle sorte que le Nouveau soit caché dans l’Ancien et que, dans le Nouveau, l’Ancien soit dévoilé.  » (§ 16)

G – Chapitre 5 Le Nouveau Testament

« La parole de Dieu se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière. » (§ 17)

« Entre toutes les écritures, même celles du Nouveau Testament, les Evangiles possèdent une supériorité méritée. » (§ 18)

« Les auteurs sacrés composèrent les quatre Evangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres ou les expliquant, gardant enfin la forme d’une prédication. »  (§ 19)

H – Chapitre 6 La Sainte Ecriture dans la vie de l’Eglise

 » Que tous les prêtres et ceux qui comme diacres ou catéchistes vaquent au ministère de la Parole s’attachent aux Ecritures de peur que l’un d’eux ne devienne « un vain prédicateur de la Parole de Dieu au dehors, lui qui ne l’écouterait pas au dedans de lui. » (St Augustin).

En effet, « l’ignorance des Ecritures c’est l’ignorance du Christ. » (St Jérôme). Aussi le concile exhorte tous les chrétiens à apprendre par la lecture fréquente des Ecritures « la science éminente de Jésus-Christ ». (St Augustin) (§ 25).

La chronique de Vatican II (3)

La chronique précédente a présenté la Constitution sur l’Église « Lumen Gentium». Celle-ci présente trois documents dont les intitulés témoignent de leurs relations avec cette constitution.

Ces documents sont les suivants :

  • Le décret sur l’œcuménisme sur les autres religions chrétiennes « Unitatis  Redintegratio« 
  • La déclaration sur les religions non chrétiennes « Nostra Aetate« 
  • La déclaration sur la liberté religieuse « Dignitatis Humanae« 

Le décret sur l’œcuménisme

1 – Histoire du texte

Elle est tirée de la présentation du décret qu’en fit le père dominicain Y. Congar. Ce dernier fut un des experts du Concile, très impliqué dans l’élaboration de ce texte. Les phrases entre guillemets sont des extraits de cette présentation.

Outre la rénovation interne de l’Église, Jean XXIII avait donné au Concile la finalité de servir la cause de l’unité chrétienne. L’importance qu’il y attachait le conduisit à inviter les communions chrétiennes non catholiques à envoyer des observateurs, à saluer leur « chère présence » et à créer le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Il alla plus loin « en prenant la décision sensationnelle et discrète d’autoriser le Secrétariat à présenter des textes en son nom propre« .

Le projet initial, à l’automne 1962, constituait un chapitre de la Constitution Lumen Gentium. Les Pères décidèrent d’un texte à part. Son élaboration fut confiée au Secrétariat pour l’unité. Présenté en mars 1964, le décret final est voté à la quasi unanimité (2054 oui, 64 non) et promulgué par Paul VI le 22 nov. 1964. Certes, la veille du vote, Paul VI avait de sa propre autorité introduit quelques modifications ; un petit nombre n’était pas sans importance telle la phrase disant que « les protestants trouvent Dieu comme leur parlant dans les Écritures » devenant « ‘ils cherchent Dieu …« . Au total, le père Congar estime « qu’au delà de cet épisode qui produisit une impression pénible sur de nombreux pères et davantage encore sur de nombreux observateurs, demeure un pas en avant considérable, inimaginable il y a cinq ans« .

2 – Principaux extraits

« Parce que le Seigneur a fait et veut une seule Eglise, il faut travailler à refaire l’unité … la division entre les disciples du Christ est un scandale pour le monde » (alinéa.1)

A noter que le chapitre 1 est intitulé « les principes catholiques de l’œcuménisme« . Or, les textes antérieurs parlaient de « l’œcuménisme catholique » sous-entendant ainsi l’existence de plusieurs œcuménismes. Ce changement de grande portée reconnaît une participation catholique à l’œcuménisme. De même, « nos frères séparés » signifie séparés « de nous » et non de Dieu et des autres.

« Parmi les éléments desquels l’Église se construit et est vivifiée, beaucoup peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique : la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance, la charité, d’autres dons du St-Esprit » (alinéa 3)

Le chapitre 2 affirme « que le souci de réaliser l’union concerne l’Église tout entière, fidèles autant que pasteurs » (alinéa 5)

« Il n’y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure » (alinéa 7)

Y. Congar renchérit « le travail œcuménique le plus profitable est celui que chacun accomplit chez soi et poursuit dans sa propre Église« .

Ce chapitre se clôt sur les voies d’exercice de l’œcuménisme ; sont cités en particulier la prière en commun (sauf la célébration eucharistique qui suppose « unanimité dans la foi et appartenance au même corps ecclésial« ), la connaissance réciproque fraternelle, la manière d’exprimer et d’exposer la doctrine de la foi. Le père Congar la lit comme une invitation à « tenir compte de l’Autre et à rechercher ensemble une vérité plus intégrale« .

Le dernier chapitre exprime le regard porté par l’Église catholique sur les Églises et Communions séparées.

« Il ne faut pas oublier que les Églises d’Orient possèdent, depuis leur origine, un trésor auquel l’Église d’Occident a puisé beaucoup d’éléments de la liturgie, de la tradition spirituelle et du droit » (alinéa 14).

Quant aux Églises séparées en Occident « il faut reconnaître qu’entre ces Eglises et l’Eglise catholique, il y a des différences considérables surtout dans l’interprétation de la vérité révélée » (alinéa 14). «  Cependant, ce nous est une joie de voir nos frères séparés regarder vers le Christ comme la source et le centre de la communion ecclésiale. Touchés du désir d’union avec le Christ, ils sont poussés de plus en plus à chercher l’unité et à rendre partout témoignage de leur foi parmi les nations  »  (alinéa 20).

La déclaration sur les religions non-chrétiennes

On utilise à cet effet la présentation qu’en fit le cardinal F. Kônig (Autriche) Ce dernier, chargé par Paul VI du dialogue œcuménique, joua un rôle considérable lors du Concile. Les phrases entre guillemets en sont des extraits.

1 – Importance du texte

Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, un concile s’est occupé de cette manière des religions non-chrétiennes. » Il s’agissait, avant tout, de souligner ce qui est commun et de mettre en veilleuse ce qui sépare. Il en résulte un texte de haute importance et d’une grande portée« .

Importance d’abord dans la perspective du monde :

«  Pour la première fois, le monde fait de manière consciente l’expérience de l’unité du genre humain. Il est d’une importance primordiale que les forces religieuses agissent comme forces d’unité ; au cours de l’histoire, la religion n’a cessé d’apparaître sous le visage du particularisme qui cause la séparation, la haine et la guerre. Et le christianisme lui-aussi est imbriqué dans cette histoire. Si le monde d’aujourd’hui doit accorder une place au christianisme, celui-ci doit se révéler comme une force de liaison et de réconciliation. »

Importance dans la perspective de l’Église ensuite

«  L’Église peut-elle jouer ce rôle de dialogue sans abandonner le caractère unique de sa Révélation et l’affirmation de sa propre nécessité pour le salut des hommes ? N’est-elle pas une cause de perturbation et de provocation aux yeux des autres ?  » A ces questions majeures, lors de ce concile  » L‘Église a tenté une réflexion nouvelle sur sa position dans le monde. Elle repose sur deux vérités fondamentales : elle a le devoir d’annoncer le salut véritable en Jésus Christ, elle doit reconnaître les valeurs morales et religieuses qui existent partout dans le monde puisque, dès le commencement, l’humanité est ordonnée au Christ, les hommes fidèles à leur vocation, en toute bonne foi, peuvent ainsi participer au salut du Christ « .

2 – Histoire du décret

Un an avant le concile, Jean XXIII avait donné mandat au secrétariat pour l’unité de préparer un projet concernant les Juifs. Il était prévu de l’insérer dans le décret sur l’œcuménisme. De longues et vives discussions se firent jour de la part, en particulier, des  représentants des églises orientales et de ceux originaires des pays arabes. Finalement, ce projet sera séparé du texte sur l’œcuménisme et sera complété avec un texte sur les religions non-chrétiennes Le texte final (après trois ans !) sera voté par 2221 oui et 88 non. Paul VI le promulgua le 28.11.1965.

3 – Principaux extraits

« Tous les peuples forment une seule communauté, ils ont une seule origine puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu. »

« Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine  » (que sont l’homme, la vie, le bien, le mal, le bonheur etc.)

« Les autres religions s’efforcent d’aller au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés et ceci depuis les temps les plus reculés jusqu’aux religions liées au progrès de la culture tels l’hindouisme et le bouddhisme  »

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint de ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sur beaucoup de points de ce qu’elle même tient et propose, apportent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes  » (alinéa 2).

« L‘Église regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes « .

« Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le concile les exhorte tous à oublier le passé, s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle ainsi qu’à pratiquer et promouvoir ensemble la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (alinéa 3).

« L‘Église reconnaît qu’elle a reçu la Révélation de l’Ancien Testament par le peuple juif avec lequel Dieu dans sa miséricorde infinie a conclu l’antique Alliance « .

« Encore que les autorités juives avec leurs partisans aient poussé à la mort du Christ, ce qui a pu être commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors ni aux Juifs de notre temps. L’Église déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme qui ont été dirigées contre les Juifs  » (alinéa 4).

« La relation de l’homme à Dieu le Père et la relation de l’homme à ses frères humains sont tellement liées que l’Ecriture dit : « qui n’aime pas ne connaît pas Dieu ». Par là, est sapée toute théorie ou pratique qui introduit discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent   » (alinéa 5).

La déclaration sur la Liberté religieuse

Comme pour la déclaration sur les religions non-chrétiennes, on s’appuie sur la présentation faite par le cardinal F. König. Pour celui-ci, « Cette déclaration est un événement important et marquant dans l’histoire de l’Église : pour dialoguer avec le monde, celle-ci ne doit-elle pas se mettre au clair sur les principes justifiant à ses yeux la liberté religieuse ? »

1 – Histoire du texte

Son élaboration pleine de vicissitudes dura deux ans .Un premier projet constituait un chapitre du schéma sur l’œcuménisme. Le droit de libre exercice de la religion, en privé comme en public, y était fondé sur l’obligation de suivre sa conscience, même éventuellement erronée. Pour de nombreux Pères, justifier ce droit juridique en le référant au droit subjectif de la conscience manquait de légitimité. Des critiques différentes venaient d’une minorité importante hostile à la liberté religieuse. Un nouveau projet fut présenté un an après. Il n’était plus relié au schéma sur l’œcuménisme. Surtout, il présentait une nouvelle justification de la liberté religieuse. Celle-ci était reconnue comme une composante fondamentale des droits de l’homme qui n’a pas à être concédée ni autorisée. Il s’agit d’un droit humain dont le libre exercice ne peut être limité que par les exigences de l’ordre public. Continuèrent à se manifester des oppositions toujours minoritaires et résolues. Pour celles-ci, justifier ainsi la liberté religieuse mettait en danger la foi catholique et était en contradiction avec la Révélation. Des hommes dans l’erreur ne pouvaient être sujets de droits mais seulement objets de tolérance Un nouveau texte fut proposé aux débats un an après. Il maintenait la justification retenue. Il la reliait à l’importance accordée à la dignité de l’homme et à l’aspiration à la liberté dans l’humanité contemporaine. Il notait que si la Révélation n’avait pas affirmé explicitement le droit à ne subir aucune contrainte dans le domaine religieux, elle montrait en quel respect le Christ avait tenu la liberté de l’homme dans sa recherche de la vérité.

2 – Principaux extraits

« Tout d’abord, le concile déclare que Dieu a fait connaître au genre humain la voie par laquelle les hommes peuvent obtenir le Salut. Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique » (alinéa 1).

« Le concile déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Elle a son fondement dans la dignité même de la personne telle que l’on fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même » (alinéa 2).

« Chacun a le devoir, et par conséquent le droit, de chercher la vérité en matière religieuse par une libre recherche, par les moyens de l’éducation, de l’échange et du dialogue. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux. » (alinéa 3).

« Le Christ, notre Maître et Seigneur, doux et humble de cœur a invité et attiré les disciples avec patience. Ne se voulant pas Messie politique dominant par la force, il préféra se dire Fils d’homme « Il n’a pas brisé le roseau froissé ni éteint la mèche qui fume encore  » (Mt 12,20). Achevant sur la croix l’œuvre de la Rédemption, il a parachevé sa Révélation  » (alinéa 11).