La chronique de Vatican II (6)

LA CONSTITUTION GAUDIUM ET SPES                        2ème PARTIE

Dans cette deuxième partie, le Concile aborde à la lumière de l’Evangile et de l’expérience humaine cinq problèmes particulièrement urgents, traités en cinq chapitres. Dans chacun, on part d’une brève analyse des faits, on donne des éléments de jugement et on trace des orientations concrètes.

Le Concile abordait ici une matière difficile, neuve pour des débats conciliaires. Il dut trouver une voie moyenne; voie moyenne entre des affirmations générales et exhortatives et des affirmations trop particulières excédant ses compétences, voie moyenne entre des opinions encore non partagées par tous et la seule répétition de l’enseignement des manuels, voie moyenne entre un style prophétique et un ton trop doctrinaire. Le Concile a bien conscience du caractère trop général de ces orientations. GAUDIUM ET SPES marque davantage un point de départ qu’un point d’arrivée. Elle se veut invitation faite aux fidèles, – et donc à notre doyenné ! – à poursuivre cet effort de discernement à partir des situations que nous vivons aujourd’hui, parmi et avec tous nos proches.

CHAPITRE 1 : DIGNITE DU MARIAGE ET DE LA FAMILLE

Le Concile veut éclairer et encourager les chrétiens en mettant en lumière certains points de la doctrine de l’Eglise

  • « le mariage chrétien est une communauté profonde de vie et d’amour conjugal dont Dieu lui-même est l’auteur. Il est d’une extrême importance pour la continuité du genre humain, le progrès personnel, la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité. »
  •  » en accomplissant leur mission les époux contribuent à la gloire de Dieu« 
  •  » précédés par l’exemple et la prière de leurs parents, les enfants s’ouvriront à des sentiments d’humanité, au chemin du salut et de la sainteté. Ils concourront, à leur manière à la sanctification des parents » (§ 48)
  •  » les actes du mariage vécus de façon vraiment humaine signifient et favorisent le don réciproque des époux » (§49)
  • « Dieu a voulu donner au couple une participation spéciale à son œuvre créatrice (Gen. 1,28); dans le devoir de transmettre la vie et d’être des éducateurs, les époux sont les coopérateurs de l’amour de Dieu » (§50)
  •  » Dieu, maître de la vie a confié aux hommes le ministère de la vie. L’homme doit donc s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit être sauvegardée dés sa conception « 
  •  » la famille est le fondement de la société « 

CHAPITRE 2 : L’ESSOR DE LA CULTURE

  •   » dans le monde entier, progresse de plus en plus le sens de l’autonomie comme de la responsabilité. Ceci est de la plus haute importance pour la maturité spirituelle et morale du genre humain « 
  •  » nous sommes les témoins de la naissance d’un nouvel humanisme » (§55)
  •  » goûter les choses de la cité céleste accroît plutôt la gravité de l’obligation pour les chrétiens de travailler avec tous les hommes à la construction d’un monde plus humain« 
  •  » certes, on peut craindre que l’homme se fiant trop aux découvertes actuelles en vienne à penser qu’il se suffit à lui-même. Ces tendances fâcheuses ne doivent pas nous exposer à la tentation de méconnaître ses valeurs positives : fidélité à la vérité dans la recherche scientifique, travail en équipe, sens de la solidarité internationale etc. Dans ces valeurs, l’accueil du message évangélique pourra trouver une sorte de préparation et celui qui est venu pour sauver le monde la fera aboutir« 
  •  » dans son Fils incarné, Dieu parle selon des types de culture propres à chaque époque. L’Eglise se comporte de la même façon sans pour cela être liée à aucune nation, aucun genre de vie ou coutume« 
  •  » la culture doit être subordonnée au développement intégral de la personne, au bien de la communauté et à celui du genre humain tout entier  » (§ 59)
  •  » l’homme doit pouvoir librement chercher la vérité, être impartialement informé et faire connaître ses opinons« 
  •  » quant aux Pouvoirs publics, ils doivent favoriser la vie culturelle au bénéfice de tous sans oublier les éléments minoritaires présents « 
  •  » le concile, pour que soit reconnu le droit à la culture partout et pour tous, appelle au plan national comme international à des décisions fondamentales. Une culture « de base  » doit être accessible au plus grand nombre pour qu’il ne soit pas empêché par l’analphabétisme et le manque d’initiative de coopérer de manière vraiment humaine au bien commun  » (§60)
  •  » si l’image de  » l’homme universel » s’évanouit de plus en plus, continue de s’imposer le devoir de sauvegarder l’intégralité de sa personnalité et ses valeurs d’intelligence, de volonté, de conscience et de fraternité  » (§61)
  •  » l’expérience montre qu’il n’est pas toujours facile de réaliser l’harmonie entre la culture et le christianisme. Ces difficultés peuvent inciter à une plus exacte et profonde intelligence de la foi. Ainsi, les croyants sont-ils invités à vivre en très étroite union avec les autres hommes, à comprendre leurs façons de penser et de sentir. Ainsi, pourront-ils interpréter toutes choses avec une sensibilité chrétienne  » (§62)

CHAPITRE 3 : LA VIE ECONOMICO-SOCIALE

Pour le Concile, dans la vie économico-sociale, l’homme individu et société doit pouvoir réaliser la plénitude de sa vocation. A cet, effet, il affirme le primat de l’homme dans l’économie  » l’homme est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économique » (§63)

N’ayant pas l’ambition de reprendre l’enseignement social de l’Eglise, le Concile se place devant quelques problèmes urgents tels :

  •  » le but fondamental de la production, c’est le service de l’homme, de l’homme tout entier, de tout l’homme et de tous les hommes. Avec une telle finalité, la croissance économique devient un facteur du développement humain  » (§ 64)
  •  » il convient que le plus grand nombre possible d’hommes et au plan international l’ensemble des nations puissent prendre une part active à l’orientation du développement économique « 
  •  » c’est le droit et le devoir des citoyens de contribuer selon leurs moyens au progrès véritable de leur communauté. Quant à ceux qui gardent leurs ressources inemployées, surtout dans les pays en voie de développement, ils mettent gravement en péril le bien commun  » (§ 65)
  • Face aux immenses disparités économiques qui souvent s’aggravent  » justice et équité exigent que la mobilité lorsqu’elle est nécessaire, évite conditions de vie instables et précaires aux individus et à leurs familles « 
  • « A l’égard des travailleurs d’autres pays, on se gardera de toute espèce de discrimination; ils seront traités comme des personnes et non comme de simples instruments de production  » (§66)

Ces problèmes abordés, le Concile trace les principes directeurs de l’ensemble de la vie économico-sociale.

  • « le travail de l’homme passe avant les autres éléments de la vie économique qui n’ont valeur que d’instrument « 
  • « par son travail, l’homme assure la subsistance et celle de sa famille, rend service, pratique une vraie charité et coopère à l’achèvement de la création divine « 
  •  » bien plus, par l’hommage de son travail à Dieu, l’homme est associé à l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ « 
  • « les droits fondamentaux de la personne (comprennent)le droit des travailleurs de fonder librement des associations capables de le représenter, de collaborer à la bonne organisation de la vie économique, de prendre part aux activités de ces associations librement, sans courir le risque de représailles  » (§68 )

Les biens de la terre sont destinés à tous les hommes. Cette partie (§69) est la plus neuve de ce chapitre; sur plusieurs points, elle marque un progrès doctrinal.

  •  » Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples« 
  • « l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui mais les regarder aussi comme communes « 
  •  » quant à celui qui se trouve dans l’extrême nécessité, il a le droit de se procurer l’indispensable à partir des richesses d’autrui « 

CHAPITRE 4 : LA VIE DE LA COMMUNAUTE POLITIQUE

Il n’était pas au départ prévu de traiter des problèmes politiques mais, devant cette absence, l’étonnement de certains pères conciliaires conduisit à ce chapitre.

Se limitant à certains aspects de la vie politique, il suscita en fait peu de débats :

  •  » pour instaurer une vie politique vraiment humaine, rien n’est plus important que de développer le sens intérieur de la justice, de la bonté, du dévouement au bien commun  » (§ 73) car  » la communauté politique n’existe que pour le bien commun, celui-ci est l’ensemble des conditions de vie sociales permettant aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement, de servir à la formation d’un homme cultivé, pacifique, bienveillant à l’égard de tous, pour l’avantage de toute la famille humaine » (§74)
  •  » que tous les citoyens se souviennent des droits et des devoirs qu’ils ont d’user de leur libre suffrage en vue du bien commun« 
  • « quant aux chrétiens, ils sont tenus de donner l’exemple du dévouement au bien commun en montrant par les faits comment harmoniser autorité et liberté, initiative personnelle et solidarité« 
  •  » quant à ceux qui sont ou peuvent devenir capables d’exercer l’art très difficile et très noble de la politique, ils doivent s’y préparer sans se soucier de leur intérêt personnel ni des avantages matériels » (§75)

CHAPITRE 5 : LA SAUVEGARDE DE LA PAIX ET LE DEVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTE DES PEUPLES

Il fut reproché à cette partie du projet initial d’être trop générale, un fondement doctrinal insuffisant et de traiter trop succinctement de la faim dans le monde et de l’explosion démographique. Un profond remaniement conduisit au texte final. Il avait fallu pour cela « progresser à la fois dans le sens du réalisme et dans celui du prophétisme  »

  •  » la paix n’est pas absence de guerre, ne se borne pas à l’équilibre des forces, elle est  » œuvre de « justice » (Is.32, 17) Sans cesse à construire,  » elle exige un contrôle constant de ses passions, face à la fragilité de la volonté humaine blessée par le péché« 
  •  » la conscience même du genre humain proclame la valeur permanente du droit des gens. Les actions contraires sont des crimes comme les ordres les commandant « 
  •  » la guerre n’a pas disparu de l’horizon humain. Aussi longtemps que le risque subsistera, qu’il n’y aura pas une autorité internationale compétente, avec des moyens suffisants, on ne saurait dénier aux chefs d’Etats le droit de légitime défense  » (§75)
  •  » la capacité dévastatrice actuelle force le concile à reconsidérer la guerre dans un esprit nouveau« 
  •  » tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières, est un crime contre Dieu et contre l’homme » (§80)
  •  » avant qu’une autorité universelle voie le jour, les instances internationales d’aujourd’hui ont à travailler avec énergie en vue de la sécurité de tous » mais il ne faut pas « s’en remettre aux seuls apports des chefs d’Etats car ces derniers sont  très dépendants des opinions et des sentiments de la multitude »
  •  » il leur est inutile de chercher à faire la paix tant que les sentiments d’hostilité, de mépris, de défiance, tant que les haines raciales et les parti pris idéologiques divisent et opposent les hommes« 
  •  » si nous ne concluons pas des pactes solides assurant pour l’avenir une paix universelle, l’humanité risque d’en venir à cette heure funeste où elle ne pourra plus connaître d’autre paix que la paix de la mort  » (§82)

 

Face à ces redoutables tensions, vient l’appel à la construction de la communauté universelle: D’abord bâtir la paix et pour cela éliminer les causes de discorde entre les hommes : injustices, esprit de domination de mépris et plus profondément envie, méfiance, orgueil. Ensuite, édifier un véritable ordre économique mondial (en finir avec l’appétit des bénéfices excessifs, des volontés de domination politique etc.)

  • « pour cela, les nations développées ont le devoir d’aider les nations en voie de développement. Qu’elles procèdent donc aux révisions internes, spirituelles et matérielles requises pour établir cette coopération universelle  » (§86)
  •  » quant à l’accroissement démographique, s’il doit être freiné « en vertu du droit inaliénable de l’homme au mariage et à la procréation, la décision relative au nombre d’enfants dépend du jugement droit des parents et ne peut être laissée à la décision de l’autorité publique ». Cela suppose une amélioration des moyens pédagogiques, des conditions sociales.et à tout le moins une éducation sans failles« 
  • Quant aux chrétiens « ils sont invités à collaborer de grand cœur à la construction d e l’ordre international. Qu’on évite donc ce scandale : alors que certaines nations, dont assez souvent la majeure partie des habitants se parent du nom de chrétiens, jouissent d’une grande abondance de biens, d’autres sont privées du nécessaire » (§88)

CONCLUSIONS

Conscient du caractère général de son exposé, le Concile invite à un dialogue entre tous les hommes.

« D’abord, au sein de l’Eglise, que progresse un dialogue plus fécond : unité dans le nécessaire, liberté dans le doute, en toute choses la charité  »

Ensuite avec nos frères séparés « ceux qui reconnaissent Dieu, ceux qui honorent de hautes valeurs humaines sans en reconnaître l’Auteur ‘ ni sans exclure ceux qui s’opposent à l’Eglise et la persécutent de diverses façons. Puisque Dieu le Père est le principe et la fin de tous les hommes, nous sommes tous appelés à être frères  » (§92)

« Ainsi les chrétiens ont à accomplir sur cette terre une tâche immense dont ils devront rendre compte à Celui qui jugera tous les hommes. Ceux ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le royaume des cieux  mais ceux qui font la volonté du Père. Cette volonté est qu’en tout homme, nous reconnaissions le Christ notre frère  » (§93)

Cette constitution, d’importance majeure, se termine par une invocation :

 » A Celui qui ,par la puissance qui agit en nous, est capable de tout faire, bien au-delà de ce que nous demandons et concevons, à Lui la gloire dans l’Eglise et dans le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles .Amen  » (Eph.3,20-21)

 

Suit sa promulgation par le Pape Paul VI : « Nous ordonnons que ce qui a  été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu

Rome, le 7 décembre 1965            Moi, Paul, évêque de l’Eglise Catholique  »

 

 

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La Chronique de Vatican II (5)

LA CONSTITUTION « L’EGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS » (GAUDIUM ET SPES)

1. LE CONTEXTE

Ce titre latin (les joies et les espoirs) est un des plus connus des intitulés du Concile. Et pourtant, cette constitution n’était pas prévue au départ !

Motif : on n’imaginait pas l’intérêt immense qu’allait soulever dans le monde cet événement ni l’effet de la fréquentation mutuelle de tous les évêques du monde (3000 !) pendant des travaux qui allaient les réunir pendant quatre ans. Tout cela conduisit à décider d’un document qui prendrait position sur les rapports de l’Église et du monde dans le monde contemporain.

Mais le projet fut décidé bien tardivement ! Il allait se réaliser à marches forcées pendant la dernière année du Concile. Ses membres et leurs experts fournirent des sommes de travail très lourdes. Une contribution décisive fut apportée par ses deux rapporteurs, le premier tombé malade fut remplacé par Mgr Garonne, alors archevêque de Toulouse.

Gaudium et Spes fût voté dans les derniers jours de décembre par 2309 oui, 75 non et 7 nuls. Jamais concile antérieur n’avait entrepris pareille réflexion. Sa rédaction se confronta à des problèmes nouveaux. Citons : quels destinataires ? (parler au monde ou parler de l’Église au monde ?) quels contenus (une description sociale des problèmes de l’humanité seulement ou élargie à une réflexion philosophique sur ce qui étreint l’homme ? ) Le texte final ne tranche pas toujours.

Finalement, on se trouve en présence d’un texte majeur du Concile. C’est aussi le plus long (autant que les deux constitutions déjà présentées sur la Révélation et l’Église). Après une introduction, il comprend deux parties intitulées « Église et Vocation Humaine » et « De quelques problèmes plus urgents »

Cette chronique N°5 va présenter l’introduction et la première partie, la deuxième partie se trouvera dans la chronique N°6.

2. INTRODUCTION DE GAUDIUM ET SPES

Elle débute par une phrase d’ampleur magnifique, fréquemment citée, belle à rappeler : « Les joies et les espoirs, les tristesses et, les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur » (§1)

Est alors proposé  » au genre humain la collaboration sincère de l’Eglise pour l’instauration d’une fraternité universelle » (§3)

Pour mener à bien cette tâche, l’Église reconnaît avoir :  » le devoir à tout moment de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (§4). Sont cités, parmi ces signes, des changements importants dans l’ordre social, psychologique, moral, religieux (« refuser Dieu ou la religion n’est plus un fait exceptionnel ») ainsi que d’importants déséquilibres entre catégories sociales et entre pays.

Est affirmé en conclusion « l’Église croit que le Christ offre à l’homme lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa vocation ».

3. PREMIERE PARTIE : EGLISE ET VOCATION HUMAINE

On présente successivement ses quatre chapitres :

  • chap 1 : La dignité de la personne humaine
  • chap 2 : La communauté humaine
  • chap 3 : L’activité humaine dans l’univers
  • chap 4 : Le rôle de l’Église dans le monde de ce temps

3.1 CHAPITRE 1 : LA DIGNITE DE LA PERSONNE HUMAINE

Grandeur et misère de l’homme

La grandeur de l’homme s’origine dans sa création « à l’image de Dieu « . Au fond de sa conscience, il trouve une loi inscrite par Dieu « la conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa Voix se fait entendre » (§16) Alors que la dignité de l’homme exigerait qu’il agisse « selon un choix conscient et libre …c’est en lui même que l’homme est divisé, submergé de multiples maux » (§17). Car « établi en Dieu dans un état de justice…il a abusé de sa liberté. en désirant parvenir à sa fin contre Dieu » (§13)

Finalement, c’est « face à la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet .alors, le germe d’éternité qu’il porte en lui s’insurge contre la mort » (§18). Car, l’homme est appelé à adhérer à une vie divine inaltérable.

L’athéisme

En inscrivant un passage sur l’athéisme dans un chapitre consacré à la dignité de l’homme, le Concile voulait marquer qu’il acceptait de se laisser questionner par ce phénomène moderne. Les débats furent difficiles. Jean XXIII voulait que l’on se garde de positions qui auraient pu être interprétées dans un sens politique, notamment dans les pays de démocratie populaire.

Aussi, le Concile veilla-t-il à ne pas prendre position contre le communisme en tant que système politique; ne furent stigmatisés ni des doctrines ni des camps encore moins des porte-parole. Dans le souci de rester pleinement fraternels, les Pères du Concile se voulurent respectueux du frère incroyant et admirent d’avance sa loyauté et sa générosité.

Allant plus loin, ils soulignent la responsabilité des chrétiens dans la genèse de l’athéisme. Au lieu de jeter aux autres des anathèmes, l’Eglise répond par sa propre révision de vie.Tout ceci est rassemblé au § 21, texte majeur sur l’attitude de l’Eglise dans un monde moderne où les chrétiens rencontrent les incroyants. Ils sont invités à :

  • « saisir dans l’esprit des athées les causes cachées de la négation de Dieu »
  • « ne pas déserter l’importance des tâches terrestres »
  • « témoigner d’une foi vivante et adulte pénétrant toute leur vie, y compris leur vie profane, et les entraînant à la justice et à l’amour surtout envers les déshérités »

Ce chapitre fondamental de Gaudium et Spes s’est ouvert sur l’homme à l’image de Dieu, il va s’achever dans une perspective christologique. « par son incarnation, le Fils de Dieu s’est uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, agi avec une volonté d’homme, aimé avec un coeur d’homme » (§22, alinéa 2)

S’en suivent deux conclusions majeures pour éclairer, hier comme aujourd’hui, nos relations avec les personnes appartenant à d’autres traditions religieuses ou se déclarant agnostiques :  » le chrétien, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance va au-devant de la résurrection, cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient en Christ mais bien pour tous les hommes de bonne volonté dans le coeur desquels, invisiblement agît la grâce » (§22, al 5) « En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal » (§22, al 5)

3.2 CHAPITRE 2 : LA COMMUNAUTE HUMAINE

Si la personne « doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions….de par sa nature, elle a absolument besoin, d’une vie sociale. Car Dieu a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères » (§24) D’où la recherche d’un bien commun qui de nos jours s’universalise de plus en plus.

Le texte précise : « travailler au renouveau des mentalités, participer aux transformations sociales  » « dépasser et éliminer toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne. Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement son époux, d’élire son état de vie ou d’accéder à une éducation et une culture semblables à celles que l’on reconnaît à l’homme » (§ 29)

Le Concile a voulu en tirer la conséquence importante suivante : « Personne, par inattention à l’évolution des choses, ne doit se contenter d’une éthique individualiste. Lorsque chacun se préoccupe aussi et effectivement de l’essor des institutions publiques, ou privées. C’est alors, et de plus en plus, qu’il a accompli son devoir de justice et de charité » (§30)

Et les rédacteurs d’insister : « il y a des gens qui, tout en professant des idées larges et généreuses, continuent à vivre en pratique comme s’ils n’avaient cure des solidarités sociales….qui font peu de cas des lois et des prescriptions sociales… qui se soustraient aux justes impôtss qui négligent certaines règles de vie en société comme celles qui ont trait à la sauvegarde de leur santé ou à la conduite des véhicules »

« Certes, l’homme parvient très difficilement à un tel sens des responsabilités si ses conditions de vie ne le lui permettent pas …la liberté humaine s’étiole dans un état d’extrême indigence, se dégrade dans une vie de trop grande facilité » (§31)

La conclusion de ce chapitre est nette : « Il faut stimuler chez tous la volonté de prendre part aux entreprises communes». Pour cela  » les citoyens seront d’autant plus poussés à participer qu’ils trouveront dans les différents groupes du corps social des valeurs qui les attirent« .

Le Concile s’autorise alors un regard prospectif saisissant et stimulant pour l’engagement de tous les hommes de bonne volonté : « On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer » (§32)

3.2 CHAPITRE 3: L’ACTIVITE HUMAINE DANS L ‘UNIVERS

« Pour les croyants, une chose est certaine : considérée en elle- même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie correspond au désir de Dieu » (§34)

« l’homme a reçu la mission de soumettre la terre, de gouverner le cosmos en sainteté et justice  » « par son action, il apprend bien des choses, il développe ses facultés, il sort de lui-même et se dépasse….il vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a » (§35)

« Voici donc la règle de l’activité humaine : qu’elle soit conforme au bien authentique de l’humanité, selon le dessin et la volonté de Dieu, et qu’elle permette à l’homme, considéré comme individu ou membre de la société, de s’épanouir selon la plénitude de sa vocation  » (§35)

« Il y a une juste autonomie des réalités terrestres…celui qui s’efforce de pénétrer le secret des choses, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont » (§36, al 2)

Mais « lorsque la hiérarchie des valeurs est troublée, les individus et groupes ne regardent que leurs intérêts propres et le monde n’est pas encore le lieu d’une réelle fraternité » (§37,1)

« Le Christ désormais agit dans le coeur des hommes par la puissance de Son Esprit….certains sont appelés à témoigner ouvertement de la demeure céleste, les autres à se vouer au service terrestre des hommes …de tous, il fait des hommes libres, s’lançant vers ces temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu » (§38, al 1)

« L’attente de la Terre nouvelle, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre doit plutôt le réveiller  » (§38, al 2)  » Car ces valeurs de communion fraternelle, de dignité et de liberté …que nous aurons propagées sur terre, nous les retrouverons plus tard, purifiées, illuminées, transfigurées…mystérieusement, le Royaume est déjà présent sur cette terre…il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra« (39, all 3)

3.1 CHAPITRE 4: LE ROLE DE L’EGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS

Les 3 précédents chapitres partent de l’homme, celui-ci part de l’Eglise et de sa mission d’éclairer et servir cet homme : L’Eglise le reconnaît, elle n’est pas une entité extérieure au monde, elle est insérée dans la trame de histoire. . « n’étant liée à aucune forme particulière de culture, à aucun système politique, économique ou social, elle peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines » (§42, al 4) « tout ce qu’il y a de vrai, de bon, de juste, dans les institutions que s’est données le genre humain, l’Eglise le considère avec un grand respect« (§42, al 5)

« L’Eglise exhorte les chrétiens à remplir leurs tâches terrestres en se laissant guider par l’esprit de l’Evangile » Mais « ils s’éloignent de la vérité ceux qui négligent ces tâches ou à l’inverse se livrent entièrement à des tâches terrestres. Ce divorce entre foi et comportement quotidien est une des plus graves erreurs de notre temps. Ce scandale, prophètes puis Jésus l’ont dénoncé » (§43, al 1)

« aux laïcs reviennent en propre les activités séculières. C’est à leur conscience, préalablement formée, qu’il revient d’inscrire la loi divine dans la cité terrestre. Il n’est pas de la mission ni de la compétence des pasteurs de leur fournir des solutions concrètes. Prêtant attention à l’enseignement de l’Eglise, que les laïcs prennent leurs responsabilités » « quant aux solutions terrestres, elles peuvent être diverses et personne n’a le droit de revendiquer d’une manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise » (§43, al 3)

Ce chapitre se clôt par la déclaration de foi des pères conciliaires : « Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation » Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l’histoire humaine.

OUI, c’est le Seigneur qui le dit : JE SUIS L’ALPHA ET L’OMEGA, LE PREMIER ET LE DERNIER (Apocalypse 22,12-13)

N.B : Comme lors des précédentes chroniques, celle-ci s’est largement nourrie de la présentation du document faite, dès la fin du Concile, par un ou plusieurs de ses membres (Editions du Centurion, Dossiers conciliaires, 1966). Il s’agit ici  des évêques suivants : Mgrs Vilnet, Piérard, Matagrin, Maziers, Ancel et Ehlinger.

La chronique de Vatican II (4)

La constitution sur la Révélation de Dieu   » Dei  Verbum « 

Les éléments de cette chronique sont très largement nourris de la présentation faite par Mgr Weber, archevêque de Strasbourg et membre du Concile. Pour ne pas alourdir la lecture, ils n’ont pas été cités chaque fois.

A – Pourquoi ce texte

Vatican II se devait de produire un texte (une « constitution ») présentant la doctrine de l’Eglise concernant la Révélation faite par Dieu au monde de son amour et de son projet. Cette constitution est dénommée La parole de Dieu (en latin Dei Verbum, les deux premiers mots du texte).

Elle apparaît comme la préface à tous les autres documents du Concile. Car quelle autorité aurait eu ses travaux s’il ne s’était pas d’abord appuyé sur la Parole de Dieu ?

B – Histoire du texte

Dei Verbum est le fruit d’une lente maturation et d’une longue élaboration; cinq textes se succédèrent du début du Concile (nov 1962) à sa fin (nov 1965)…

Le premier texte était proposé par les services du Vatican. Il conduisit d’emblée à un rejet massif sous l’impulsion de quelques uns des cardinaux les plus en vue, les cardinaux Liénart (France), Frings (Allemagne), Léger (Canada), Suenens (Belgique) ; 1368 voix refusèrent de discuter le document, 822 acceptaient.

Le premier motif du rejet se trouvait dans le titre donné « des sources de la Révélation ». Il impliquait ainsi une dualité entre les deux sources que sont l’Ecriture (Ancien et Nouveau Testament, en particulier les quatre Evangiles) et la Tradition (la façon dont les apôtres puis les évêques et autres personnes apostoliques transmettent et commentent le message du Christ sous l’inspiration de l’Esprit). Le concile dira qu’au lieu de parler de deux sources, il n’y a qu’une source qui se révèle par deux voies : l’Ecriture et la Tradition, Dieu présent dans l’histoire, présent dans le verbe incarné. Jean XXIII mit fin à cette douloureuse situation en retirant le schéma de la discussion. Il en confia la révision à une commission qui incluait, pour la première fois, des membres du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, bien plus ouverts que la commission théologique, rédactrice du schéma.

Le second motif se trouvait dans certaines formulations qui auraient conduit « à l’arrêt de l’exégèse et de la théologie actuelle » (Mgr Weber).

Finalement, les élaborations suivantes ne rencontrèrent pas d’oppositions notables et après prise en compte des observations des participants, le texte final fut voté puis promulgué par Paul VI le 18 nov 1965 par 2344 voix contre 6. Il avait fallu trois ans.

Au total, ce texte est jugé comme un des plus beaux textes du Concile. Dans un espace restreint (6 chapitres), il renferme un ensemble d’idées impressionnant tel

que « le lecteur ne pourra pas se contenter de lire mais devra le méditer » (Mgr Weber) afin que, comme dit dans le préambule, « en entendant l’annonce du salut, le monde entier y croie, qu’en croyant, il espère, qu’en espérant, il aime. »

 C – Chapitre Ier La nature de la Révélation

On en donne les extraits suivants :

« Il a plu à Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes par le Christ accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la grâce divine. » (§ 2)

« Dans cette révélation, le Dieu invisible s’adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu’à des amis. » (§ 2)

« Il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. » (§ 2)

« Après avoir parlé par les prophètes, Dieu nous a parlé par son Fils, Jésus-Christ, homme envoyé aux hommes, qui prononce les paroles de Dieu. » (§ 4)

« A Dieu est due l’obéissance de la foi (Romains.16, 26) par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu. » (§ 5)

« L’économie chrétienne étant l’alliance nouvelle et définitive ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. » (§ 4)

D – Chapitre 2 La transmission de la Révélation

« Dieu a pris des dispositions pour que sa Révélation demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fut transmise à toutes les générations. C’est pourquoi le Christ a ordonné à ses apôtres de prêcher l’Evangile comme source de toute vérité salutaire et de toute règle morale. » (§ 7) vv

« Pour que l’Evangile fut toujours gardé intact et vivant dans l’Eglise, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques auxquels ils remirent leur propre fonction d’enseignement. » (St Irénée)

« C’est pourquoi la prédication apostolique devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps. » Elle se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit Saint. (§ 8)

« La Tradition et l’Ecriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles car toutes deux jaillissent d’une source divine et ne forment pour ainsi dire qu’un tout. » (§ 9)

« La tradition et l’Ecriture constituent un unique dépôt sacré confié à l’Eglise. »    (§ 10)

E – Chapitre 3. L’inspiration de la Sainte Ecriture et son interprétation

« La vérité divinement révélée des livres de la Sainte Ecriture y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint.

En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens pour que, lui même, agissant en eux, et par eux ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir et cela seulement. » (§ 11)

« Pour découvrir l’intention des auteurs, on doit considérer les « genres littéraires » car c’est de façon différente que la vérité se propose en des textes diversement historiques, prophétiques ou poétiques.

Enfin, notons le commentaire de Mgr Weber : « A chacun des auteurs a été accordé un « charisme individuel » ». Ces auteurs choisis par Dieu dépendent de ceux qui les entourent comme de ceux qui les ont précédés. Le livre sacré n’est pas quelque chose tombé du ciel, il est le livre du « peuple de Dieu ».

F – Chapitre 4 L’Ancien Testament

« Dieu se choisit un peuple auquel confier les promesses. De ce fait, Israël fit l’expérience des « voies » de Dieu vers les hommes. (§ 14)

« L’Economie de l’Ancien Testament avait pour raison d’être majeure de préparer l’avènement du Christ. Ces livres, bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du caduc sont les témoins d’une véritable pédagogie divine. (§ 15)

« Inspirateur et auteur des livres de l’un et de l’autre Testament, Dieu les a disposés de telle sorte que le Nouveau soit caché dans l’Ancien et que, dans le Nouveau, l’Ancien soit dévoilé.  » (§ 16)

G – Chapitre 5 Le Nouveau Testament

« La parole de Dieu se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière. » (§ 17)

« Entre toutes les écritures, même celles du Nouveau Testament, les Evangiles possèdent une supériorité méritée. » (§ 18)

« Les auteurs sacrés composèrent les quatre Evangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement soit déjà par écrit, rédigeant un résumé des autres ou les expliquant, gardant enfin la forme d’une prédication. »  (§ 19)

H – Chapitre 6 La Sainte Ecriture dans la vie de l’Eglise

 » Que tous les prêtres et ceux qui comme diacres ou catéchistes vaquent au ministère de la Parole s’attachent aux Ecritures de peur que l’un d’eux ne devienne « un vain prédicateur de la Parole de Dieu au dehors, lui qui ne l’écouterait pas au dedans de lui. » (St Augustin).

En effet, « l’ignorance des Ecritures c’est l’ignorance du Christ. » (St Jérôme). Aussi le concile exhorte tous les chrétiens à apprendre par la lecture fréquente des Ecritures « la science éminente de Jésus-Christ ». (St Augustin) (§ 25).

La chronique de Vatican II (3)

La chronique précédente a présenté la Constitution sur l’Église « Lumen Gentium». Celle-ci présente trois documents dont les intitulés témoignent de leurs relations avec cette constitution.

Ces documents sont les suivants :

  • Le décret sur l’œcuménisme sur les autres religions chrétiennes « Unitatis  Redintegratio« 
  • La déclaration sur les religions non chrétiennes « Nostra Aetate« 
  • La déclaration sur la liberté religieuse « Dignitatis Humanae« 

Le décret sur l’œcuménisme

1 – Histoire du texte

Elle est tirée de la présentation du décret qu’en fit le père dominicain Y. Congar. Ce dernier fut un des experts du Concile, très impliqué dans l’élaboration de ce texte. Les phrases entre guillemets sont des extraits de cette présentation.

Outre la rénovation interne de l’Église, Jean XXIII avait donné au Concile la finalité de servir la cause de l’unité chrétienne. L’importance qu’il y attachait le conduisit à inviter les communions chrétiennes non catholiques à envoyer des observateurs, à saluer leur « chère présence » et à créer le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Il alla plus loin « en prenant la décision sensationnelle et discrète d’autoriser le Secrétariat à présenter des textes en son nom propre« .

Le projet initial, à l’automne 1962, constituait un chapitre de la Constitution Lumen Gentium. Les Pères décidèrent d’un texte à part. Son élaboration fut confiée au Secrétariat pour l’unité. Présenté en mars 1964, le décret final est voté à la quasi unanimité (2054 oui, 64 non) et promulgué par Paul VI le 22 nov. 1964. Certes, la veille du vote, Paul VI avait de sa propre autorité introduit quelques modifications ; un petit nombre n’était pas sans importance telle la phrase disant que « les protestants trouvent Dieu comme leur parlant dans les Écritures » devenant « ‘ils cherchent Dieu …« . Au total, le père Congar estime « qu’au delà de cet épisode qui produisit une impression pénible sur de nombreux pères et davantage encore sur de nombreux observateurs, demeure un pas en avant considérable, inimaginable il y a cinq ans« .

2 – Principaux extraits

« Parce que le Seigneur a fait et veut une seule Eglise, il faut travailler à refaire l’unité … la division entre les disciples du Christ est un scandale pour le monde » (alinéa.1)

A noter que le chapitre 1 est intitulé « les principes catholiques de l’œcuménisme« . Or, les textes antérieurs parlaient de « l’œcuménisme catholique » sous-entendant ainsi l’existence de plusieurs œcuménismes. Ce changement de grande portée reconnaît une participation catholique à l’œcuménisme. De même, « nos frères séparés » signifie séparés « de nous » et non de Dieu et des autres.

« Parmi les éléments desquels l’Église se construit et est vivifiée, beaucoup peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique : la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance, la charité, d’autres dons du St-Esprit » (alinéa 3)

Le chapitre 2 affirme « que le souci de réaliser l’union concerne l’Église tout entière, fidèles autant que pasteurs » (alinéa 5)

« Il n’y a pas de véritable œcuménisme sans conversion intérieure » (alinéa 7)

Y. Congar renchérit « le travail œcuménique le plus profitable est celui que chacun accomplit chez soi et poursuit dans sa propre Église« .

Ce chapitre se clôt sur les voies d’exercice de l’œcuménisme ; sont cités en particulier la prière en commun (sauf la célébration eucharistique qui suppose « unanimité dans la foi et appartenance au même corps ecclésial« ), la connaissance réciproque fraternelle, la manière d’exprimer et d’exposer la doctrine de la foi. Le père Congar la lit comme une invitation à « tenir compte de l’Autre et à rechercher ensemble une vérité plus intégrale« .

Le dernier chapitre exprime le regard porté par l’Église catholique sur les Églises et Communions séparées.

« Il ne faut pas oublier que les Églises d’Orient possèdent, depuis leur origine, un trésor auquel l’Église d’Occident a puisé beaucoup d’éléments de la liturgie, de la tradition spirituelle et du droit » (alinéa 14).

Quant aux Églises séparées en Occident « il faut reconnaître qu’entre ces Eglises et l’Eglise catholique, il y a des différences considérables surtout dans l’interprétation de la vérité révélée » (alinéa 14). «  Cependant, ce nous est une joie de voir nos frères séparés regarder vers le Christ comme la source et le centre de la communion ecclésiale. Touchés du désir d’union avec le Christ, ils sont poussés de plus en plus à chercher l’unité et à rendre partout témoignage de leur foi parmi les nations  »  (alinéa 20).

La déclaration sur les religions non-chrétiennes

On utilise à cet effet la présentation qu’en fit le cardinal F. Kônig (Autriche) Ce dernier, chargé par Paul VI du dialogue œcuménique, joua un rôle considérable lors du Concile. Les phrases entre guillemets en sont des extraits.

1 – Importance du texte

Pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, un concile s’est occupé de cette manière des religions non-chrétiennes. » Il s’agissait, avant tout, de souligner ce qui est commun et de mettre en veilleuse ce qui sépare. Il en résulte un texte de haute importance et d’une grande portée« .

Importance d’abord dans la perspective du monde :

«  Pour la première fois, le monde fait de manière consciente l’expérience de l’unité du genre humain. Il est d’une importance primordiale que les forces religieuses agissent comme forces d’unité ; au cours de l’histoire, la religion n’a cessé d’apparaître sous le visage du particularisme qui cause la séparation, la haine et la guerre. Et le christianisme lui-aussi est imbriqué dans cette histoire. Si le monde d’aujourd’hui doit accorder une place au christianisme, celui-ci doit se révéler comme une force de liaison et de réconciliation. »

Importance dans la perspective de l’Église ensuite

«  L’Église peut-elle jouer ce rôle de dialogue sans abandonner le caractère unique de sa Révélation et l’affirmation de sa propre nécessité pour le salut des hommes ? N’est-elle pas une cause de perturbation et de provocation aux yeux des autres ?  » A ces questions majeures, lors de ce concile  » L‘Église a tenté une réflexion nouvelle sur sa position dans le monde. Elle repose sur deux vérités fondamentales : elle a le devoir d’annoncer le salut véritable en Jésus Christ, elle doit reconnaître les valeurs morales et religieuses qui existent partout dans le monde puisque, dès le commencement, l’humanité est ordonnée au Christ, les hommes fidèles à leur vocation, en toute bonne foi, peuvent ainsi participer au salut du Christ « .

2 – Histoire du décret

Un an avant le concile, Jean XXIII avait donné mandat au secrétariat pour l’unité de préparer un projet concernant les Juifs. Il était prévu de l’insérer dans le décret sur l’œcuménisme. De longues et vives discussions se firent jour de la part, en particulier, des  représentants des églises orientales et de ceux originaires des pays arabes. Finalement, ce projet sera séparé du texte sur l’œcuménisme et sera complété avec un texte sur les religions non-chrétiennes Le texte final (après trois ans !) sera voté par 2221 oui et 88 non. Paul VI le promulgua le 28.11.1965.

3 – Principaux extraits

« Tous les peuples forment une seule communauté, ils ont une seule origine puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre; ils ont aussi une seule fin dernière, Dieu. »

« Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine  » (que sont l’homme, la vie, le bien, le mal, le bonheur etc.)

« Les autres religions s’efforcent d’aller au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés et ceci depuis les temps les plus reculés jusqu’aux religions liées au progrès de la culture tels l’hindouisme et le bouddhisme  »

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint de ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sur beaucoup de points de ce qu’elle même tient et propose, apportent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes  » (alinéa 2).

« L‘Église regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes « .

« Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le concile les exhorte tous à oublier le passé, s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle ainsi qu’à pratiquer et promouvoir ensemble la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (alinéa 3).

« L‘Église reconnaît qu’elle a reçu la Révélation de l’Ancien Testament par le peuple juif avec lequel Dieu dans sa miséricorde infinie a conclu l’antique Alliance « .

« Encore que les autorités juives avec leurs partisans aient poussé à la mort du Christ, ce qui a pu être commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors ni aux Juifs de notre temps. L’Église déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme qui ont été dirigées contre les Juifs  » (alinéa 4).

« La relation de l’homme à Dieu le Père et la relation de l’homme à ses frères humains sont tellement liées que l’Ecriture dit : « qui n’aime pas ne connaît pas Dieu ». Par là, est sapée toute théorie ou pratique qui introduit discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent   » (alinéa 5).

La déclaration sur la Liberté religieuse

Comme pour la déclaration sur les religions non-chrétiennes, on s’appuie sur la présentation faite par le cardinal F. König. Pour celui-ci, « Cette déclaration est un événement important et marquant dans l’histoire de l’Église : pour dialoguer avec le monde, celle-ci ne doit-elle pas se mettre au clair sur les principes justifiant à ses yeux la liberté religieuse ? »

1 – Histoire du texte

Son élaboration pleine de vicissitudes dura deux ans .Un premier projet constituait un chapitre du schéma sur l’œcuménisme. Le droit de libre exercice de la religion, en privé comme en public, y était fondé sur l’obligation de suivre sa conscience, même éventuellement erronée. Pour de nombreux Pères, justifier ce droit juridique en le référant au droit subjectif de la conscience manquait de légitimité. Des critiques différentes venaient d’une minorité importante hostile à la liberté religieuse. Un nouveau projet fut présenté un an après. Il n’était plus relié au schéma sur l’œcuménisme. Surtout, il présentait une nouvelle justification de la liberté religieuse. Celle-ci était reconnue comme une composante fondamentale des droits de l’homme qui n’a pas à être concédée ni autorisée. Il s’agit d’un droit humain dont le libre exercice ne peut être limité que par les exigences de l’ordre public. Continuèrent à se manifester des oppositions toujours minoritaires et résolues. Pour celles-ci, justifier ainsi la liberté religieuse mettait en danger la foi catholique et était en contradiction avec la Révélation. Des hommes dans l’erreur ne pouvaient être sujets de droits mais seulement objets de tolérance Un nouveau texte fut proposé aux débats un an après. Il maintenait la justification retenue. Il la reliait à l’importance accordée à la dignité de l’homme et à l’aspiration à la liberté dans l’humanité contemporaine. Il notait que si la Révélation n’avait pas affirmé explicitement le droit à ne subir aucune contrainte dans le domaine religieux, elle montrait en quel respect le Christ avait tenu la liberté de l’homme dans sa recherche de la vérité.

2 – Principaux extraits

« Tout d’abord, le concile déclare que Dieu a fait connaître au genre humain la voie par laquelle les hommes peuvent obtenir le Salut. Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique » (alinéa 1).

« Le concile déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Elle a son fondement dans la dignité même de la personne telle que l’on fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même » (alinéa 2).

« Chacun a le devoir, et par conséquent le droit, de chercher la vérité en matière religieuse par une libre recherche, par les moyens de l’éducation, de l’échange et du dialogue. Il ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel, dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux. » (alinéa 3).

« Le Christ, notre Maître et Seigneur, doux et humble de cœur a invité et attiré les disciples avec patience. Ne se voulant pas Messie politique dominant par la force, il préféra se dire Fils d’homme « Il n’a pas brisé le roseau froissé ni éteint la mèche qui fume encore  » (Mt 12,20). Achevant sur la croix l’œuvre de la Rédemption, il a parachevé sa Révélation  » (alinéa 11).

La chronique de Vatican II (2)

La constitution sur l’Eglise « Lumen Gentium »

 A – En introduction

1 – Pour aider à situer ce texte un mot d’histoire. La constitution précédente sur l’Eglise date de Vatican I (1870). Ce concile avait été  réuni par le pape Pie IX. Celui-ci avait perdu son pouvoir temporel depuis 1861 à l’exception de la ville de Rome où il vivait sous la protection des armées françaises ! Fin septembre 1870, les armées italiennes pénètreront dans Rome. Un plébiscite réunira Rome à l’Italie. Les troupes françaises s’en iront batailler contre l’Allemagne. Le concile s’interrompra. Il ne sera pas repris.

Son ordre du jour fixé par Pie IX voulait « défendre la foi contre les erreurs du temps » et « mettre à jour les canons du concile de Trente », trois siècles auparavant… Très vite une majorité d’évêques (400 sur les 700 présents) demandera que soit traitée  la question de l’infaillibilité pontificale. Cette demande découlait, en bonne part, de la définition par Pie IX « ex cathedra » 15 ans auparavant, du dogme de l’Immaculée Conception sans réunion préalable du concile comme cela se faisait d’ordinaire pour les questions concernant les dogmes. Les débats seront tumultueux. 55 évêques s’en iront avant le vote final qui votera la constitution sur l’Eglise « Pastor Aeternus ». Elle affirme que la primauté universelle du pape « est de droit divin » et qu’en matière de foi et de morale, une doctrine proclamée solennellement par un pape « doit être tenue par toute l’Eglise ».

2 – Quatre vingt dix ans plus tard, Jean XXIII convoquera le concile Vatican II avec un tout autre motif. Son discours inaugural veut simplement qu’on fasse le point, qu’on se mette à jour… (aggiornamento). La simplicité même d’un tel projet  lui conférait une ampleur et une complexité démesurée. La première session à l’automne 1962 verra de nombreux tâtonnements pour traduire ces orientations en termes pratiques. Ceci d’autant plus que Jean XXIII, de façon débonnaire mais très ferme, voulait que ce concile soit « pastoral ». Traduction : il doit chercher à parler aux hommes d’aujourd’hui dans l’univers nouveau qui est le leur et, pour ce faire, il doit nourrir de l’évangile les vérités à communiquer. Ce concile ne sera pastoral qu’en devenant biblique.

3 – Le fruit du travail des commissions préparatoires, conduites par les services du Vatican, recouvrait toute la surface de la vie de l’Eglise. Il amena à une œuvre massive : 72 schémas totalisant 2000 pages. D’emblée, Jean XXIII et le concile choisirent trois sujets prioritaires : la Liturgie, la Révélation, l’Eglise. Problème : ces textes avaient été rédigés par les penseurs traditionnels de la Curie. Celui sur l’Eglise très vite refusé, il appartenait aux Pères du Concile de le réécrire en entier. Unique point de départ retenu : qu’est-ce que l’Eglise ? L’approche de Vatican I était juridique : l’Eglise est une société. Elle est caractérisée, comme toute société, en déterminant l’autorité qui s’y exerce, les conditions à remplir pour y être admis. Sous l’impulsion de Jean XXIII, sera privilégié l’aspect pastoral. Comme le reconnaît Mgr Garrone, dans sa présentation de Lumen Gentium « là où Vatican I parlait instinctivement de « pouvoir », Vatican II aimait à parler de « service ». Si les deux aspects sont inséparables, ils ne se confondent pas psychologiquement ; l’une des difficultés de ce concile trouve certainement là son explication ».

La discussion du schéma sur l’Eglise eut lieu aux dates suivantes, à la première session (décembre 1962), à la deuxième (octobre 1963) et à la troisième (septembre 1964). La constitution fut adoptée définitivement le 21 novembre 1964. (2151 oui – 5 non).

B – Lumen Gentium : une conception renouvelée de l’Eglise

1 – L’Eglise est d’abord mystère

D’emblée le texte affirme que de façon libre et mystérieuse, le Père éternel a créé l’univers. Son dessein : sauver tous les hommes en les élevant à la communion de sa vie divine (LG. 2). Pour cela, il a envoyé son Fils inaugurer le royaume des cieux sur la terre et, par son obéissance, effectuer la Rédemption (LG. 3). Ce royaume mystérieusement présent et croissant, c’est l’Eglise, « signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain »  (LG. 1)

2 – Tous appelés « peuple de Dieu »

« Dieu appelle la foule des hommes… pour former un tout et devenir le nouveau peuple de Dieu. Sa destinée, c’est le royaume de Dieu qui doit se dilater jusqu’à ce qu’il reçoive son achèvement » (LG. 9).  « Bien qu’il ne comprenne par encore effectivement l’universalité des hommes, ce peuple messianique constitue pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut. Etabli par le Christ, il est envoyé comme lumière du monde et sel de la terre. (Mt 5, 13-16) (LG. 9)

« A cette unité du peuple de Dieu, appartiennent ou sont ordonnés les fidèles catholiques, ceux qui par ailleurs ont foi dans le Christ et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut » (LG. 13)

« En effet, ceux qui n’ont pas encore reçu l’Evangile sont aussi ordonnés au peuple de Dieu (car) cherchant Dieu d’un cœur sincère et s’efforçant d’agir de façon à accomplir sa volonté, telle que leur conscience la révèle et la dicte, ils peuvent arriver au salut. Tout ce qui chez eux peut se trouver de bon et de vrai, l’Eglise le considère comme une préparation évangélique et comme un don pour que tout homme ait la vie » (LG. 16)

3 – Une Eglise missionnaire

« Allez donc enseigner toutes les nations… L’Eglise fait sien ce commandement… Son activité n’a qu’un but : tout ce qu’il y a de germes de bien dans le cœur et la pensée des hommes ou dans leurs rites propres et leur culture (l’Eglise veut) non seulement ne pas le laisser perdre mais le guérir, l’élever, l’achever pour la gloire de Dieu et le bonheur de l’homme » (LG. 17)

4 – La participation des laïcs

Un chapitre entier en traite ; ampleur imprévue et heureuse liée à l’importance donnée au Peuple de Dieu. La définition antérieure était toute négative : les laïcs étaient subordonnés aux évêques et aux prêtres. Dorénavant leur « vocation propre » les appelle à « chercher le Royaume de Dieu à travers la gérance des choses temporelles… Vivant au milieu du siècle, ils sont appelés pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment et manifester leur foi avant tout par le témoignage de leur vie ». (LG. 31)

Ainsi, les laïcs reçoivent-ils « la vocation admirable », à travers toutes leurs activités, prières, relations d’adorer Dieu par la sainteté de leur vie et « de lui consacrer le monde » (LG. 34). « L’action évangélisatrice du laïc est faite par le témoignage de la vie et par la parole dans les conditions communes du siècle, tel est son caractère spécifique » (LG. 35)

Pour aller plus loin… D’autres thèmes sont traités par Lumen Gentium. Celui sur la collégialité des évêques face au primat du pape fit l’objet de nombreux débats. Voici le plan de la Constitution dogmatique sur l’Eglise : Lumen Gentium.

Chapitre 1 : Le mystère de l’Eglise

 » 2 : Le peuple de Dieu

 » 3 : La constitution hiérarchique de l’Eglise et spécialement l’Episcopat

 » 4 : Les laïcs

 » 5 : L’appel universel à la sainteté dans l’Eglise

 » 6 : Les religieux

 » 7 : Le caractère eschatologique de l’Eglise en marche et son union avec l’Eglise du Ciel

 » 8 : La bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise.

P.S. Les éléments de cette chronique sont très largement nourris de la présentation de Lumen Gentium faite par Mgr Garrone (alors archevêque de Toulouse et membre de la commission doctrinale du concile) ainsi que du numéro hors série de la revue Etudes « Vatican II, histoire et actualité d’un concile ». Pour ne pas alourdir la lecture, ils n’ont pas été cités chaque fois.

La chronique de vatican II (1)

Cette chronique a pour but de nous aider à redécouvrir (ou découvrir !!) l’évènement majeur que fut pour l’Eglise catholique le concile Vatican II ouvert il y a 50 ans.

Cet article débute par une présentation générale de Vatican II. Il est tiré de celle faite par l’historien catholique Jean Delumeau dans son ouvrage « des religions et des hommes ». Les prochains numéros présenteront successivement chaque grand texte (points principaux et extraits).

Présentation générale 

Quand Jean XXIII, le 25 janvier 1959, annonça la convocation du concile (le précédent Vatican I datait de 1869 !), ce fut une énorme surprise dans le monde et dans l’Eglise catholique elle-même. Elu trois mois plus tôt (après 11 tours de scrutins), agé de 77 ans, Angelo Roncalli auparavant archevêque de Venise, paraissait devoir être un « pape de transition » après le long pontificat de Pie XII.

Or ce personnage plein d’humour voulut dit-il « faire passer un courant d’air frais dans l’église ». Il assigna deux buts au concile : adapter l’église romaine au monde d’aujourd’hui – l’aggiornamento – et ouvrir la voie à la reconstitution de l’unité chrétienne. Jean XXIII, qui se sut rapidement atteint d’un cancer inguérissable, pressa les travaux préparatoires de l’ouverture du concile. Celui-ci ouvrit sa première session à l’automne 62. Le pape mourut dès juin 1963 après une longue agonie. Son remplaçant, Paul VI, conduisit le concile jusqu’à son terme. La clôture eut lieu en décembre 1965.

Vatican II fut le premier concile de dimension planétaire. Les invitations furent envoyées à 1101 évêques du continent américain, 1109 en Europe, 480 en Asie, 336 en Afrique, 77 en Océanie et à 103 supérieurs généraux de congrégations ; soit au total 3056 « pères ». Mais tous ne purent pas venir (maladies, retenus dans pays communistes…) ; les assemblées conciliaires groupèrent environ 2200 votants, contre 700 à Vatican I.

Comme aux conciles antérieurs, les « pères » étaient conseillés par des « experts ». Parmi ceux-ci, Jean XXIII imposa des théologiens qui avait été tenus en suspicion sous Pie XII (le dominicain Congar, le jésuite de Lubac) et le dominicain Chenu vint comme expert d’un évêque de Madagascar. En outre, innovation sensationnelle à l’époque, Jean XXIII invita des observateurs des autres confessions chrétiennes. De 31 au début, ils étaient une centaine à la fin. Enfin Paul VI invita une cinquantaine d’auditeurs laïcs et créa un service de presse pour informer les journalistes.

Voici comment fonctionne un concile : des « commissions » au Vatican préparent les sujets qui seront discutés et que’on appelle des « schémas ». Une fois le concile rassemblé, ces schémas sont soumis à des « congrégations » générales. Dans celles-ci, chacun peut prendre la parole dix minutes ; le texte est éventuellement renvoyé pour une nouvelle rédaction (cas fréquent). Enfin des « congrégations publiques » présidées par le pape, votent définitivement les textes.

Le concile eut quatre sessions : la première à l’automne 1962 sous Jean XXIII, les trois autres sous Paul VI, à l’automne 1963, à l’automne 1964,  et à l’automne 1965, chacune de 2 à 3 mois.

On pouvait penser lors de l’ouverture, que les services centraux de l’Eglise, la Curie, allaient comme d’habitude, organiser et diriger le Concile. Mais les choses se passèrent autrement : d’abord Jean XXIII créa une commission d’un type nouveau chargé de « l’apostolat des laïcs » puis un « secrétariat pour l’unité des chrétiens ». Ensuite, dès l’ouverture sur proposition du cardinal Liénart, archevêque de Lille, l’assemblée refusa les listes des membres des commissions préparées par la curie. Peu après les « pères » décidèrent, par souci d’efficacité, de ramener de 70 à 20 le nombre de schémas à discuter. Il devenait clair que le concile ne serait pas une chambre d’enregistrement des textes élaborés par les bureaux romains. Dès lors s’installa une majorité désirant, dans les perspectives de Jean XXIII, l’adaptation de l’église au monde moderne, le dialogue oecuménique  et un ressourcement dans l’Ecriture et de l’autre, une minorité plus attachée au passé, formée surtout de membres de la curie et d’évêques italiens et ibériques.

Les textes votés par un concile se répartissent en trois catégories : des « constitutions » ou documents majeurs, des « décrets » visant à l’application de celles-ci, des « déclarations » exposant les lignes de conduite de l’Eglise. Ces textes ne doivent pas être confondus avec les « encycliques » qui sont des lettres publiques d’un pape.

La constitution sur la liturgie, votée en décembre 1963 (par 97 % des participants) a eu de grandes conséquences sur la vie des chrétiens : elle permit les messes concélébrées, restaura l’usage de la langue vivante et appela les fidèles à une participation bien plus active à la messe.

La prochaine rubrique traitera de la Constitutiono sur l’Eglise, désignée par « Lumen Gentium » qui sont les deux premiers mots du texte latin. Viendront ensuite les autres grands textes.

En conclusion, Vatican II a été un évènement d’une très grande portée. Mais il ne pouvait résoudre en trois ans tous les problèmes qui se posaient et qui se posent encore à l’Eglise catholique. Le père Congar, l’un des « experts » les plus écoutés, disait à la fin du Concile «  l’ouvrage réalisé est fantastique et pourtant tout reste à faire »

Cette chronique veut y contribuer.